Développement durable 2.0

Monsieur notre sémillant ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, nous fait régulièrement des envolées lyriques. Ça fait partie de son charme.

Arnaud Montebourg en pleine action
Arnaud Montebourg. Crédit photo : Parti socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0, disponible en partage sur Flickr.

L’un de ses chevaux de bataille actuel est le gaz de schiste. Pour info, des billes sur la question sont rassemblées sur le Parisien.fr.

Extrait d’une interview donnée sur Europe 1 : “Le problème du gaz de schiste c’est qu’il est d’une pollution, et c’est démontré aux États-Unis, terrible. Donc il faut régler le problème de la pollution. Si on règle le problème de la pollution, y compris par la technologie, on peut rouvrir le débat.

Peut être peut-on rouvrir le débat, mais on peut également se souvenir. Voyons. Retour en 1992. Nous sommes à Rio, mais pas pour danser la samba au clair de lune sur des plages idylliques (quoique ?) C’est le 3e sommet de la terre, la naissance du développement durable à l’échelle internationale.

Extrait de l’introduction du chapitre 2 (Dimension sociale et économique) du texte de l’Agenda XXI publié à l’occasion du sommet de la terre de Rio en 1992 (disponible ici).

“La politique économique de chaque pays et les relations économiques internationales sont d’une grande pertinence pour le développement durable.
La relance et l’accélération du développement supposent un climat économique international à la fois dynamique et favorable, et, à l’échelon national, des politiques résolues.  En l’absence de l’une de ces conditions, cette relance tournerait court.  Un climat économique extérieur favorable est à cet égard tout à fait essentiel.  Le développement ne pourra pas s’accélérer si l’économie mondiale manque à la fois de dynamisme et de stabilité et est fragilisée par l’incertitude.”

Décodons un peu. Postulat de base qui a présidé à la rédaction du texte de la déclaration de Rio : la bonne santé économique est un prérequis du développement durable. La volonté de trouver les solutions pour exploiter les gaz de schiste me semble relever de la même logique.

À l’heure de la croissance verte et de la transition énergétique, tout ceci ne serait-il pas bien désuet? Okay, le fait d’être passé de mode n’est pas une raison suffisante pour invalider une idée. Qu’à cela ne tienne. Testons.

Des fourmis

Imaginons, nous implantons disons 48 colonies de fourmis sur un terrain. Les ressources y sont inégalement réparties. Certaines colonies sont favorisées, pour d’autres, c’est plutôt la dech’.

  • Sur 12 d’entre elles nous foutons le feu et noyons toutes les semaines.
  • Sur 12 autres, la même chose, mais tous les mois.
  • Sur 12 autres, la même chose mais chaque année.
  • Enfin, nous foutons la paix aux 12 dernières.

Oui, ma partie préférée dans Simcity, ça a toujours été quand je lâchais Bowser sur la ville.

Revenons à nos colonies de fourmis. Ouvrons 30 ans plus tard. Selon vous, lesquelles seront les plus développées et florissantes ?

Voilà, nous y sommes. Dans ces conditions, compte tenu du fait que le développement durable sert à lutter contre le dérèglement climatique (notre Bowser à nous), l’exploitation des gaz de schiste est-elle envisageable ? Plusieurs propositions.

  • Mé LOL
  • Je ne vois absolument pas où se situe le problème option c’est open bar pour le lobbying économique à la maison.
  • Je ne vois absolument pas où se situe le problème option si je l’ai entendu à la télé, c’est donc vrai.
  • P’tain, on est mal barrés si on laisse la question aux mains des lobbyistes.

Après étude, 100% des fourmis s’étant faites noyer ou brûler au moins une fois parviennent à la conclusion correcte en moins de 14 centièmes de seconde.

Allons, monsieur Montebourg, z’auriez pas 30 ans de retard sur ce coup là ? Aller, bisous, sans rancune.

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Crédit photo à la une : Femme haïtienne. Crédit : United Nations Photo, disponible sur Flickr, licence CC-BY-NC-ND 2.0.

Publié par

Geneviève Canivenc

1976 : naissance 1995 : un grand malade accepte qu'elle ait accès légalement à une voiture. 2005 : un groupe de grands malades lui confèrent le titre de docteur. 2012 : elle se lance en rédaction et plein de grands malades acceptent de lui faire confiance. Encore à venir : le meilleur.