Le jour d’après, celui qui verra le pétrole devenir une énergie renouvelable?

C’est la bonne nouvelle qu’apporte une équipe de chercheurs anglais avec un article étonnant, qui démontre la faisabilité de la bio-production de constituants de pétrole. Cette étude1, publiée dans la très sélect revue PNAS, présente une bactérie capable de produire des molécules de carburant à partir d’un milieu nutritif ordinaire.

Il ne s’agit pas d’une heureuse trouvaille, mais du fruit d’un long travail de bio-ingénierie mêlant biochimie et génétique. Le principe est le suivant : dans la nature il existe un grand nombre de protéines, appelées enzymes, capables de réaliser des opérations de transformation de molécules au sein d’une cellule. Pour fonctionner, elles ont besoin d’une matière première (aussi appelé substrat) et de certaines micro-conditions (pH, température, présence de certains sels…).
Aussi, en théorie, il est possible de reconstituer ce que l’on pourrait qualifier de « voie de biosynthèse du pétrole » en faisant fonctionner plusieurs enzymes au sein d’une cellule, le produit des unes constituant le substrat des suivantes.

Toutefois, de la théorie à la pratique il existe non pas un fossé, mais un gouffre abyssal. Les difficultés sont de différents ordres : identifier les bonnes protéines, les adapter, forcer leur production simultanée… tout en évitant de tuer la cellule hôte, par exemple par épuisement ou empoisonnement.

C’est le tour de force qui a été réalisé dans les laboratoires de l’Université d’Exeter. Les chercheurs ont tout d’abord génétiquement transformé des souches d’Eschérichia coli en vue de les rendre capables de produire des alkanes ramifiés, des constituants du pétrole, à partir d’acides gras ramifiés. Par ailleurs, ils sont parvenus à faire produire ces mêmes acides gras ramifiés à la bactérie.
Les deux processus fonctionnant, la dernière étape consistait donc à faire en sorte que la production des acides gras ramifiés et leur transformation en alkanes se fasse chez le même hôte. Et l’équipe du Pr John Love y est parvenu. Certes, les rendements restent extrêmement faibles, mais la preuve est faite, c’est possible.

Les perspectives de ces recherches sont extrêmement excitantes. En effet, le travail restant à réaliser est encore immense. Toutefois d’ici à quelques années, il devient envisageable de produire des carburants de qualité commerciale grâce à des bactéries génétiquement modifiées. Et pourquoi pas… à partir de déchets!

1 « Synthesis of customized petroleum-replica fuel molecules by targeted modification of free fatty acid pools in Escherichia coli », article par Thomas P. Howard, Sabine Middelhaufe, Karen Moore, Christoph Edner, Dagmara M. Kolak, George N. Taylor, David A. Parker, Rob Lee, Nicholas Smirnoff, Stephen J. Aves, et John Love, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, mai 2013.

Photo à la une : Culture du Vibrio cholerae sur boite de pétri. Crédit : Nathan Reading, licence CC-BY-NC-ND 2.0, disponible en partage sur Flickr. Note sur le choix d’illustration : effectivement, l’espèce utilisée dans l’étude présentée est très différente, mais les couleurs sont si belles…

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Publié par

Geneviève Canivenc

1976 : naissance 1995 : un grand malade accepte qu'elle ait accès légalement à une voiture. 2005 : un groupe de grands malades lui confèrent le titre de docteur. 2012 : elle se lance en rédaction et plein de grands malades acceptent de lui faire confiance. Encore à venir : le meilleur.