Peter von Poehl et le Run ar pũns

Cette fois ci, voilà l’histoire d’une fille qui se réveille systématiquement avec 3 temps de retard. Trois, le chiffre magique qui permet de se garantir d’être systématiquement à côté de la plaque. Heureusement, cela n’empêche pas d’apprécier toute la délicatesse et la subtilité de ces quelques magiciens qui semblent issus de la cuisse de la déesse de la justesse. En silence, bien sûr.

Au début, il y avait seulement l’envie de partie à la découverte de lieux particuliers. Le Run ar pũns se posait en candidat idéal. Historique, root, cabaret, tenu par des accros de la note au milieu de nulle part. Petit truc pour les décalés de l’accent, de ceux qui prononcent toutes les lettres et allument une lueur amusée dans les yeux de leurs interlocuteurs dès qu’ils ouvrent la bouche. Prononcez « Renard puce ». D’expérience, même les puristes ne mouftent pas.

billet_petervonpoehl_runarpunsJe guettais donc la programmation, n’attendant qu’une occasion pour aller y traîner mes guêtres. La voilà qui se présente : Peter von Poehl. Jamais entendu parler. Mais j’écoute le morceau donné en lien, ouais, ça le fait. Le tarif est plus que user-friendly, hop, 3 clics, je prends mon ticket.

Je me pointe donc avec 1 heure d’avance, histoire de pouvoir profiter du lieu avant l’affluence.

Pas déçue. La vieille pierre transpire le vécu, des associatifs finissent de s’organiser à la caisse, c’est zen et convivial, souriant avec des morceaux d’enthousiasme dedans. Je chope quelques bribes de conversation au vol. Comme un air de chez soi à 1 000 lieues d’où l’on vient… ça c’est bon.

Je me pose. Le temps de Peter von Poehl arrive.

Je n’avais pas vraiment pris le temps de me renseigner. Je m’attendais à un mélange entre Yann Tiersen, version Amélie Poulain, qui serait allé se frotter d’un peu trop près à un Radiohead en session acoustique. Bon, je ne suis pas si loin. Un peu de folk en plus s’il vous plaît, merci.

Ça s’affaire sur scène, j’en profite pour m’éclipser quelques minutes. Je reviens et découvre le gars. Là ou j’imaginais un dandy chic venu du nord, la méchouille blonde flottant doucement dans une brise impalpable, je trouve un grand échalas aux gestes anguleux transpirant la modestie et la gentillesse. Il chausse sa guitare, exit les angles, l’espace entre ses bras ayant enfin reçu sa juste occupante.

Prise de parole, simple et directe, comme un chuchotis… Puis ça part. C’est subtil, c’est délicat, c’est millimétré et fluide, inébranlable et complexe, solide et évident. Le timbre de voix se révèle moins aigu que ce à quoi je m’attendais, peut être tourne-t-il depuis un moment ? Voilà donc un Phil Collins débarrassé de sa soupe nasillarde, la grâce en plus.

Tout à coup je comprends les traces de vécu sur ses guitares. Elles ne sont pas là pour faire joli. Une corde rendra l’âme sous l’assaut et un aimable Gaëtan dans le public, 1 000 fois remercié par la suite, se proposera pour jouer les guitare-tech. Y’a du musicien, du vrai, du talentueux et inspiré qui trippe sur son instrument, la sueur coule, le plaisir est là. Je kiffe. Et je ne suis pas la seule.

 

Mais pourquoi avec 3 temps de retard me direz vous ? Et bien simplement parce que là où j’attendais un artiste « débutant », j’ai trouvé un musicien plein de vécu ayant déjà multiplié les collaborations sur des projets ayant pignon sur rue. Autant pour mon absence de culture musicale.That’s all folk pour aujourd’hui, je réintègre un espace temps normal. Biiiiiip

Site du Run ar pũns, café concert à Chateaulin : www.runarpuns.com

Site officiel de Peter von Poehl : www.petervonpoehl.com

Image à la une : Peter von Poehl. Crédit : Valentin Ottone, licence CC-BY 2.0, disponible sur Flickr

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Publié par

Geneviève Canivenc

1976 : naissance 1995 : un grand malade accepte qu'elle ait accès légalement à une voiture. 2005 : un groupe de grands malades lui confèrent le titre de docteur. 2012 : elle se lance en rédaction et plein de grands malades acceptent de lui faire confiance. Encore à venir : le meilleur.