Regarde-moi dans les yeux !

Vous rappelez-vous de « Les hommes viennent de mars et les femmes de vénus »[i] ? C’est bien à ce livre, souvent critiqué pour son coté superficiel et caricatural, que fait écho un article publié par une équipe de chercheurs en neurosciences allemands.

« Pourquoi les hommes ne comprennent-ils pas les femmes, réseaux neuronaux modifiés par la lecture du langage des yeux mâle et femelle » [ii] met en évidence que les hommes sont bien moins performants à reconnaître les émotions véhiculées par le regard d’autrui lorsque qu’il s’agit de femmes. Le phénomène a même pu être associé à une différence dans le fonctionnement cérébral. Certaines zones du cerveau des sujets étudies ne sont activées que lorsque le regard présenté est celui d’un homme. Oui messieurs, vous êtes plus rapides et vous faites moins d’erreurs lorsqu’il s’agit de reconnaître la méfiance et la peur d’un autre homme que celles d’une femme.

Comme 85% des études en neurosciences, celle-ci souffre de défauts méthodologiques[iii]… malgré tout cela laisse songeur. Ce ne sont pas là les premiers résultats publiés à aller en ce sens[iv] [v]. Les capacités à comprendre l’autre fonctionnent différemment chez les hommes et les femmes et varient en fonction du genre de l’interlocuteur.

Pourtant, c’est notre cerveau d’animal de faible constitution physique et ses aptitudes à l’empathie qui nous aurait permis de nous hisser au rang de force de la nature[vi]. Faut-il en conclure que la compréhension homme-femme est un défi encore plus ambitieux que la domination du monde ?


[i] « Les hommes viennent de mars, les femmes de vénus », ouvrage par John Gray, traduction française aux Éditions Logiques, avril 1994.

[ii] « Why Don’t Men Understand Women? Altered Neural Networks for Reading the Language of Male and Female Eyes », article par Boris Schiffer, Christina Pawliczek, Bernhard W. Müller, Elke R. Gizewski et Henrik Walter, PloS One, avril 2013.

[iii] « Power failure: why small sample size undermines the reliability of neuroscience », article par Katherine S. Button, John P. A. Loannidis, Claire Mokrysz, Brian A. Nosek, Jonathan Flint, Emma S. J. Robinson et Marcus R. Munafò, Nature Reviews Neuroscience, mai 2013, repris par  « Doutes sur la fiabilité des neurosciences », article par Pierre Barthélémy, blog, avril 2013.

[iv] « Vasopressin selectively impairs emotion recognition in men », article par Florina Uzefovsky, Idan Shalev, Salomon Israel, Ariel Knafo et Richard P. Ebstein, Psychoneuroendocrinology, avril 2012.

[v] « Do angry men get noticed? », article par Mark A. Williams et Jason B. Mattingley, Current Biology, juin 2006.

[vi] « The neuroscience of empathy: progress, pitfalls and promise », article par Jamil Zaki et Kevin N. Ochsner,  Nature Neuroscience, avril 2012.

Image à la une : Intense and beautiful. Crédit : Steve Gumaer, licence CC-BY-NC 2.0, disponible en partage sur Flickr.

 

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Publié par

Geneviève Canivenc

1976 : naissance 1995 : un grand malade accepte qu'elle ait accès légalement à une voiture. 2005 : un groupe de grands malades lui confèrent le titre de docteur. 2012 : elle se lance en rédaction et plein de grands malades acceptent de lui faire confiance. Encore à venir : le meilleur.