Suicide stencil, photo prise dans les rues de Buenos Aires par polmuadi, licence CC-BY 2.0 disponible sur Flickr.

Des limites entre suicide, euthanasie et meurtre

Association d’idées du jour | Lorsque les institutions brouillent les processus de prise de décision intérieurs.

Je lisais hier un article concernant l’acceptation par la justice belge de la demande d’euthanasie d’un délinquant sexuel interné depuis 30 ans.

L’euthanasie, seul espoir pour les délinquants sexuels «incurables» ? – Libération.

Je cite : “Son cas est pourtant litigieux, selon ULteam, l’équipe pluridisciplinaire qui propose des consultations aux patients souhaitant faire une demande d’euthanasie. Selon l’organisme, «pour aboutir à l’euthanasie, il faut toujours être sûr qu’on a tout fait pour soulager la souffrance. Or, dans le cas de cet interné, ce n’est pas le cas : on ne lui a pas donné le choix. Il a demandé son transfert vers un hôpital psychiatrique, aux Pays-Bas, spécialisé dans ce type de profil. Sa demande a été rejetée. C’est parce que cette piste-là s’est fermée qu’il a poursuivi ses demandes d’euthanasie, il ne lui reste plus que ça.» “

Aujourd’hui, je tombe sur ça chez Cerveau & psycho :
Cerveau&Psycho – Le suicide, pathologie de la décision ?

(Oui, je sais que c’est vieux, mais pour moi c’est neuf puisque je n’en avais jamais pris connaissance avant.)

L’article se base sur des études pour parvenir à la déduction suivante : ” Le processus suicidaire est donc moins le choix raisonné d’une option parmi plusieurs que la réduction subjective des options disponibles. ”

Voilà qui nous positionne l’entité qui a rejeté la demande de transfert de Frank Van Den Bleeken (le délinquant sexuel interné) vers un centre de soin adapté à sa pathologie comme “réducteur subjectif des options disponibles” externe à sa personne.

Je détaille un peu plus (ou je coupe les cheveux en 16, au choix). Il me semble que si Frank Van Den Bleeken voyait une possibilité de partir en établissement spécialisé, il ne demanderait pas l’euthanasie. Or il semble qu’il considère le refus opposé à sa demande comme définitif. Ce qui signifie que dans sa tête, les options disponibles, qui se résument apparemment à une dualité se soigner/mourir, sont encore réduites par cette réponse.

Puisque sa pathologie ne destine Frank Van Den Bleeken ni à la souffrance physique, ni à une détérioration de sa personne, perso je ne parlerais pas d’euthanasie mais de suicide. Or sa tendance à réduire son champ des options disponibles est renforcée par une décision qui ne lui appartient pas. On passe donc du suicide au renforcement d’une impulsion suicidaire. La notion de meurtre pointe son nez.

Personnellement, j’ai une opinion très partagée sur l’euthanasie et le suicide. J’estime d’une part qu’il devrait exister un droit à disposer de sa propre vie. Mais je vois aussi à quel point la mise en application de ce droit est délicate. L’exemple présenté ci-dessus l’illustre à mes yeux.

S’tou pour aujourd’hui.

Image à la une : Suicide stencil, photo prise dans les rues de Buenos Aires par  polmuadi, licence CC-BY 2.0 disponible sur Flickr.

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Publié par

Geneviève Canivenc

1976 : naissance 1995 : un grand malade accepte qu'elle ait accès légalement à une voiture. 2005 : un groupe de grands malades lui confèrent le titre de docteur. 2012 : elle se lance en rédaction et plein de grands malades acceptent de lui faire confiance. Encore à venir : le meilleur.